Deux cambrioleurs condamnés à Reims pour une série de raids dans l’Aisne, la Marne et les Ardennes

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Reconnus coupables d’une douzaine de vols dans la Marne, l’Aisne et les Ardennes, les deux prévenus avaient sévi pendant un mois et demi avant que les forces d’élite de la gendarmerie ne leur tombent dessus.

Certains consommateurs ont peut-être cru pendant une fraction de seconde qu’il s’agissait d’un braquage, voire d’une plaisanterie. Pas du tout ! Ce 21 décembre vers 18 h 30, les individus armés et encagoulés qui firent une entrée fracassante à l’intérieur du bar-tabac la Gitana, boulevard Charles-Arnould à Reims, n’étaient pas des méchants ni des farceurs mais des gendarmes de l’antenne rémoise du GIGN venus interpeller deux clients qui sirotaient une bière au comptoir.

Ainsi prenait fin la traque d’un duo soupçonné d’une douzaine de vols ou tentatives de vols perpétrés les semaines précédentes dans la région, essentiellement chez des particuliers où ils avaient fait main baisse sur des bijoux, du numéraire, des chéquiers. Ils ont sévi dans la Marne à Chigny-les-Roses, Écueil, Sillery, Avenay-Val-d’Or, Vadenay, Aÿ-Champagne, dans l’Aisne à Montcornet et Raillimont dans l’Aisne, dans les Ardennes à Sault-lès-Rethel. À deux reprises, ils avaient dû s’enfuir, la faute à un molosse ou bien parce que le propriétaire était sur place.

Course-poursuite en ville
À Montcornet, le 19 novembre, ils ont également volé des sacoches remplies de cartes bancaires dans l’agence du Crédit Agricole tandis qu’à Mourmelon-le-Grand, le 28 novembre, ils rendaient visite à l’Intermarché pour y dérober onze bouteilles de gaz.

Issus de la communauté des gens du voyage, les deux hommes nés à Reims ont failli se faire prendre une première fois, le 14 décembre dans cette ville, quand les forces de l’ordre les ont pris en chasse. En vain. Le tandem est parvenu à prendre la fuite en abandonnant son véhicule, avec à l’intérieur plusieurs affaires provenant des derniers cambriolages.

La seconde fois fut la bonne, avec l’opération de l’antenne GIGN dans le bar du boulevard Charles-Arnould. Interpellation plutôt musclée, selon la défense, ce dont le tribunal correctionnel de Reims a convenu mardi 18 janvier lors du procès : l’un des prévenus avait dû aller se faire soigner à l’hôpital. Un rafistolage avant la case détention provisoire, pour l’un comme l’autre, les deux lascars étant multirécidivistes.

L’un refuse de parler, l’autre dit ne pas comprendre ce qu’il fait là

À l’audience, les deux hommes n’ont pas coopéré. Le premier, Roméo Péron, 23 ans, a souhaité garder le silence tandis que le second âgé de 32 ans a nié avoir participé à ces cambriolages, dont il a dit ne rien savoir, admettant seulement fréquenter son coprévenu régulièrement.

L’enquête de la brigade des recherches de Reims, qui a nécessité de gros moyens, a pourtant permis de les confondre grâce à la géolocalisation des véhicules utilisés pour les vols et par un système de surveillance vidéo mis en place dans le secteur de la rue de Fismes à Reims. Même formellement identifié, en dépit d’artifices pour brouiller les pistes (casquettes, lunettes, etc.), le trentenaire a maintenu qu’il « ne comprenait pas » pourquoi il était là. « Vous avez un frère jumeau ? », a ironisé le président du tribunal, Pierre Creton.

Des réquisitions « hors de proportion »
Le parquet a réclamé contre les duettistes une peine de quatre ans, dont un avec sursis. En défense, Mes Nicolas Brazy et Arthur De La Roche ont dénoncé des réquisitions « hors de proportion ». Sur le fond, Me Brazy, avocat du plus âgé des prévenus, a fait valoir que la géolocalisation attestait des déplacements du véhicule de son client, « mais ne prouve pas qu’il était dedans ». Et de s’interroger sur le modus operandi et le calendrier de l’interpellation, un mois et demi après les premiers faits : « Avait-on besoin du GIGN ? Et pourquoi avoir autant attendu ? »

Desservi par ses nombreux antécédents judiciaires (dix condamnations au casier), Roméo Péron a écopé de deux ans de prison, dont six mois ferme, auxquels s’ajoute une révocation de sursis de deux mois. Il a été maintenu en détention. Son acolyte prend également deux ans, mais entièrement assortis d’un sursis probatoire. Cet auto-entrepreneur, père d’un enfant gravement malade, est sorti libre de l’audience.

Les peines prononcées sont bien inférieures aux trois ans ferme requis par le parquet. Celui-ci réfléchit à un appel.

La défense tente de faire annuler la procédure
Avocat de Roméo Péron, Me Arthur De La Roche a plaidé une nullité de procédure en s’appuyant sur l’élément déclencheur de l’enquête, à savoir la plaque d’immatriculation du véhicule de son client lue par les caméras de la commune de Chigny-les-Roses, début novembre. Il a fait valoir que le système Lapi (lecteur automatique des plaques d’immatriculation) ne pouvait être utilisé dans le cadre de la recherche de ce type d’infraction, en invoquant des conclusions de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

La défense a par ailleurs pointé du doigt l’utilisation jugée abusive de la captation vidéo dans l’espace public. En réponse, le parquet a fait valoir qu’il ne s’agissait pas du système Lapi proprement dit, mais simplement de « vidéoprotection avec lecture de plaque », ajoutant par ailleurs que la captation vidéo avait été utilisée de façon proportionnée et réglementaire.

Le tribunal a suivi le ministère public et rejeté la nullité.

ARTHUR DE LA ROCHE / Avocat : EN SAVOIR +