Quatre condamnations après les violents affrontements au centre-ville de Reims entre bandes d’Orgeval et de Croix-Rouge

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Le 6 février 2020, devant une foule effarée, des affrontements avaient éclaté place du Théâtre entre jeunes d’Orgeval et de Croix-Rouge. Ils s’étaient donné rendez-vous pour en découdre, à la suite de précédentes violences.

"C'était la guerre" Les mots sont ceux d’un témoin des affrontements qui avaient éclaté au centre-ville de Reims le 6 février 2020, entre bandes rivales d’Orgeval et de Croix-Rouge. Sous le regard effaré des passants, la première avait eu le dessus sur la seconde : trois jeunes de Croix-Rouge blessés, dont un laissé dans le coma après avoir été roué de coups de pied rue de Vesle.

Huit des assaillants ont pu être identifiés : quatre mineurs et quatre majeurs dont le procès s’est déroulé mardi 25 janvier au tribunal correctionnel de Reims. Si toute la lumière n’a pas été faite sur ces violences sans précédent au centre-ville, l’enquête a cependant établi qu’elles s’inscrivaient dans un cycle de règlements de comptes qui opposaient depuis le mois de décembre des adolescents de chaque quartier, pour des motifs jamais éclaircis. Le « match » précédent eut lieu le 24 janvier, lorsque plusieurs gamins de Croix-Rouge firent « une descente » à Orgeval pour y blesser un adversaire à coups de couteau, place Pierre-de-Fermat.

Béquilles, marteau et hachoir de boucher
Quelques jours plus tard, deux rivaux âgés de 15 ans échangèrent sur les réseaux “sociaux” pour se donner rendez-vous le soir du 6 février devant le McDo de la place du Théâtre. Le but était de s’expliquer « à un contre un ». Celui de Croix-Rouge est arrivé le premier, vers 18 h 15, accompagné d’une dizaine d’amis dont l’un avait une béquille, un autre « un pistolet »… Était-il encore question d’une « explication en tête à tête » ? En face, plus du tout !

Un premier groupe d’une dizaine de jeunes est arrivé rue de Talleyrand avec « béquille, canne, chaise, barre et bombe lacrymogène » tandis qu’une seconde escouade de sept individus rejoignait la rue de Vesle par la galerie Condorcet. Dans leurs mains : gazeuse, barre, marteau et hachoir de boucher !

À la vue du premier groupe, ce fut sauve-qui-peut pour les jeunes de Croix-Rouge. Certains ont couru vers le tribunal. Rattrapé devant le bâtiment, l’un des fuyards a été gazé, jeté à terre, frappé à coups de pied, coups de poing et coups de béquille (il n’a pas porté plainte).

“La tête écrasée au sol”

Les autres ont fui par la rue de Vesle où le deuxième groupe arrivé par la galerie Condorcet leur a bloqué le passage. « Pris en étau » , deux des garçons ont couru vers la boutique de vêtements Zara. Le premier, 13 ans, a eu le temps d’y rentrer, coursé par « trois ou quatre » individus qui l’ont gazé et frappé d’un coup de marteau, lui occasionnant de légères blessures. Le groupe est ensuite ressorti de la boutique devant lequel gisait le deuxième garçon âgé de 16 ans. Lui n’avait pas eu le temps d’y rentrer, projeté à terre puis roué de coups de pied avec une dizaine d’agresseurs autour de lui. L’un d’eux lui avait alors « écrasé la tête au sol, comme pour lui éclater le crâne ». Tout le monde détalait ensuite à l’arrivée de la police.

“On est venu pour les empêcher de se bagarrer mais on s’est laissé entraîner”

À l’audience, s’ils ont admis certaines des violences, les quatre prévenus ont contesté leur participation au lynchage du jeune de 16 ans. Âgés de 18 et 19 ans à l’époque des faits, ils ont également expliqué s’être retrouvés pris dans les affrontements alors que l’initiative des hostilités revenait aux « petits ». « On est venu pour les empêcher de se bagarrer mais on s’est laissé entraîner », ont-ils résumé. Une version reprise par les avocats.

Me Aurore Boissy : « Les seuls qui n’avaient pas le visage dissimulé par des capuches ou des cagoules, ce sont eux ! S’ils étaient venus avec l’intention de commettre des violences, ils auraient pris des précautions : tout le monde sait qu’il y a des caméras partout place du Théâtre ». Me Arthur De La Roche : « Contrairement aux autres, ils sont d’une tranche d’âge différente, sont venus en voiture et ont emprunté un cheminement différent. Ils se sont sentis obligés de venir car les petits y allaient et qu’ils savaient qu’en face d’eux, il risquait d’y avoir des armes. »

Ils ne retourneront pas en prison
Seuls Karl Ebogo, 20 ans, et Mouhsine Belfkih, 21 ans, ont été reconnus coupable d’avoir participé au lynchage. Ils ont été condamnés, le premier à deux ans de prison dont un an avec sursis probatoire, le second à 30 mois dont 18 mois ferme (il était également jugé pour les violences devant le tribunal). Pour avoir participé à l’agression dans le magasin Zara, Yannis Jorf, 20 ans, a été condamné à 18 mois de prison dont six avec sursis tandis qu’une peine d’an de prison, dont six mois ferme, a sanctionné Nasif Keskin, 21 ans, également reconnu coupable des violences sur le jeune agressé devant le tribunal. Tous ne retourneront pas en prison : les peines ferme couvrent la durée des détentions provisoires.

Toujours «diminué», deux ans après le lynchage
Retrouvé inconscient par les secours, avec un pronostic vital initialement engagé en raison d’un « grave traumatisme crânien », l’adolescent de 16 ans lynché devant le magasin Zara a passé quatre jours dans le coma avant d’effectuer une longue rééducation dans un centre spécialisé, jusqu’au mois de mai 2020. Deux ans après, il souffre toujours d’un « déficit de l’attention » et de « troubles cognitifs »

« Il reste très diminué. Il est extrêmement lent », souligne l’avocat de la famille, Me Diego Diallo. « Quand il marche, ses jambes tremblent. Quand on lui demande ce qu’il a fait il y a deux jours, il parle de ce qu’il a fait il y a deux mois. Quand c’est l’heure de manger à midi, il se croit au dîner. Il ne sait plus où il est. »

Selon la formule des médecins, son état « n’est toujours pas consolidé ».

ARTHUR DE LA ROCHE / Avocat : EN SAVOIR +