Attiré dans un traquenard sexuel au centre-ville de Reims, il avait fini ligoté, bâillonné et poignardé

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Un an après un rendez-vous galant qui a tourné au traquenard dans un appartement du centre-ville, de Reims, cinq suspects sont mis en examen et l’un d’eux, désigné comme l’instigateur, a vainement demandé sa mise en liberté.

Il croyait prendre du bon temps avec une demoiselle, et s’est retrouvé dans un plan à cinq qui n’avait pourtant rien de torride.

Le 22 novembre 2021, un Rémois d’une vingtaine d’années convient d’un rendez-vous galant avec une lycéenne qui dit l’attendre à 18 heures devant le domicile de sa mère, rue des Fuseliers au centre-ville, à deux pas de la cathédrale de Reims. Pas d’inquiétude, Maman est absente : elle le fait monter, l’installe dans le canapé, les choses sérieuses commencent, du moins pas comme l’imaginait le jeune amant puisque deux individus surgissent dans l’appartement.

Rattrapée dans l’escalier, la victime est poignardée à la cuisse, puis ramenée dans l’appartement, le couteau toujours planté dans sa jambe

Le premier personnage est encagoulé de noir, armé d’un couteau ; le second porte capuche et brise-vitre. Ils font rasseoir le garçon, lui recouvrent la tête de sa veste, enfoncent un tissu dans sa bouche. Il se dégage et bondit vers la sortie où un troisième acolyte fait le guet. Rattrapé dans l’escalier, il est poignardé à la cuisse gauche, puis ramené de force dans le logement, la lame toujours plantée dans sa jambe ! Il est ligoté aux pieds et aux mains avec des lacets, frappé d’un coup de poing pour lui extorquer le code de sa carte bancaire. Le brise-vitre s’abat si violemment sur sa tête qu’il se casse.

Dans l’immeuble, le tumulte a alerté le voisinage. Il est temps de s’enfuir, non sans proférer des menaces : « On sait où te trouver ! Tu n’as pas intérêt à porter plainte ». Grièvement blessée par le coup de couteau, la victime est hospitalisée avec un pronostic vital initialement engagé.

Une dette de 40 000 euros
Saisie de l’enquête, la direction territoriale de la police judiciaire de Reims (DTPJ, ex-SRPJ) se rend compte que l’appartement est en fait une location Airbnb. Il a été loué par Curtis Mathieu, 24 ans. Ce natif de Stains, en Seine-Saint-Denis, est interpellé quatre mois plus tard avec Liam Péres-Benslimane, Rémois de 20 ans, et un mineur âgé de 17 ans à l’époque des faits. Le premier des trois est accusé d’avoir porté le coup de couteau (ce qu’il conteste), le deuxième serait le guetteur tandis que l’adolescent serait l’encapuchonné au brise-vitre. Ils sont incarcérés le 3 mars 2022 avec une mise en examen pour « vol avec violence et séquestration en bande organisée » .

Si tous les trois contestent ou minimisent leur participation, ils s’accordent à dire que l’instigateur du coup serait un jeune de Wilson, Abayo Hitimana, 20 ans. D’après leurs déclarations, il s’agissait de punir la victime qui n’avait pas remboursé « un crédit automobile de 40 000 euros » à une connaissance d’Abayo, lequel reconnaît avoir mis la lycéenne en relation avec Curtis Mathieu, rien de plus.

Un parfum de stupéfiants
Incarcéré le 16 mars après avoir été mis en examen pour « complicité » (de même que la lycéenne laissée libre sous contrôle judiciaire), Abayo Hitimana a demandé sa mise en liberté le 3 novembre devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Reims. « On essaye de lui faire porter un costume qui me semble être trop grand pour ses jeunes épaules », plaide son avocat, Me Arthur De La Roche. « Curtis Mathieu et [le mineur] sont des gens furieux. Ce sont eux qui se sont acharnés sur la victime. Et on veut s’appuyer sur leurs déclarations pour mettre en cause mon client ? » Certes, il les a mis en relation avec la lycéenne, mais sans savoir ce qui allait se passer : « Il n’a commandité aucune agression ».

Sur cette affaire bien nébuleuse, la représentante du parquet général laisse transparaître son sentiment : « On parle de dettes de stupéfiants, dans ce dossier ». Elle requiert le maintien en détention

Demande de liberté rejetée, Abayo Hitimana reste en détention. L’instruction se poursuit. Un an après le traquenard, la victime marche toujours difficilement à cause du coup de couteau reçu à la cuisse.

Une détention agitée
Depuis son incarcération le 16 mars, Abayo Hitimana collectionne les incidents en maison d’arrêt. Trois jours seulement après son arrivée, le 19 mars, neuf grammes de cannabis sont trouvés en sa possession. Le 1er juillet, c’est un téléphone portable qui est saisi. Le 7 septembre, il menace un gardien : « Tu vas manger tes morts ! ». Enfin, le 25 septembre, il tente de récupérer des objets jetés dans la cour.

Sans profession, déscolarisé, Abayo Hitimana a déjà été condamné à quatre reprises pour des usages de stupéfiants.

ARTHUR DE LA ROCHE / Avocat : EN SAVOIR +