Il était en train de promener son jack russel quand un chat a filé sous leur nez. Le chien a tiré si fort sur sa laisse que son collier a cassé, lui permettant de le courser. Le maître parvient finalement à rattraper son animal près du local à poubelles rue de Normandie, quartier Maison-Blanche, il se baisse pour lui remettre son collier et au moment où il se redresse, il reçoit deux coups de cutter qui lui lacèrent le visage. Il présente une plaie de 6 centimètres à la joue et une autre de 4 centimètres au niveau de la tempe. Quatorze points de suture seront nécessaires, neuf jours d’incapacité de totale de travail lui ont été délivrés « et il gardera sans doute des cicatrices à vie », redoute Me Melis, l’avocate de la victime qui a eu le temps de voir son agresseur : le propriétaire du chat qui en partant, lui aurait dit « la prochaine fois, je te plante ». « Les faits sont très simples, conclut-elle. La victime le désigne, elle ne le connaît pas spécialement et n’a pas d’animosité à son égard. Deux témoins l’ont vu partir. »
« Je suis un gentil garçon », affirme le mis en cause
Tout le contraire de ce que le mis en cause, âgé de 25 ans, expose au tribunal : « On m’accuse à tort, c’est un complot, un coup monté par rapport à mon passé », répète celui qui, depuis sa sortie de prison il y a quelques semaines, assure être « victime de menaces et de pressions ».
Foued Ftita n’est en effet pas un inconnu de la justice. En mars 2023, la cour d’assises de la Marne l’a condamné à huit ans d’emprisonnement pour avoir tiré sur la façade du restaurant africain « Le Guessby » le 7 avril 2019, faisant trois blessés dont un grave. Il est sorti de détention le 8 juin dernier.
« Je suis un gentil garçon, j’essaie de tout faire bien depuis que je suis sorti. » De quoi faire sourire la substitut du procureur qui rappelle au tribunal que depuis, il en est déjà à sa deuxième garde à vue. « Et pendant sa détention provisoire dans le cadre de cette affaire, il a été surpris en possession d’un joint en rentrant de promenade », ajoute le juge. « C’est difficile la prison », répond Foued Ftita qui n’en démord pas, on a voulu le piéger. « Quelqu’un a menacé la victime pour qu’elle dise que c’était moi. »
Mais alors, quel intérêt pour cet homme de se prendre des coups de cutter afin de faire croire à une agression ? « Je ne sais pas. » Et les témoins ? « Ils font partie du complot. » Le juge insiste, « si des gens vous en veulent, pourquoi ne pas vous attaquer directement plutôt que d’impliquer des tiers, d’autant qu’on parle ici d’une histoire d’animaux, il était impossible de prévoir ce qui allait se passer. Cela voudrait dire que ces gens ont tout organisé, briefé la victime et les témoins dans un laps de temps très court ? » Devant l’évidence, Foued Ftita persiste. « S’ils l’ont fait, c’est que c’est possible. » Il s’entend répondre, « et s’ils ne l’ont pas fait, c’est que c’est impossible… »
Mandat de dépôt à l’audience
« Les faits démontrent outre sa dangerosité, son imprévisibilité », alertait la substitut du procureur pour qui il ne fait aucun doute qu’il est le seul responsable de cette agression sanglante. En défense, Me De La Roche avait fort à faire, sans aller sur le terrain de son client et préférant pointer « des lacunes dans l’enquête et des témoins peu fiables (…). Je ne vous demande pas d’accréditer la thèse d’un complot, mais d’accréditer un doute et le doute doit profiter au prévenu ». Le tribunal n’en a eu aucun : Foued Ftita a été reconnu coupable et condamné à quatre ans d’emprisonnement ferme, avec mandat de dépôt à l’audience. Il a dix jours pour faire appel de cette décision.
