« On ne peut pas faire justice soi-même », cinq ans de prison requis contre l’agriculteur d’Ambrières jugé pour tentative de meurtre

« On ne peut pas faire justice soi-même », cinq ans de prison requis contre l’agriculteur d’Ambrières jugé pour tentative de meurtre

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Dans la grande salle de la cour d’assises de la Marne, tout le monde retient son souffle. Ce mercredi 23 septembre, l’avocate générale s’apprête à réclamer une peine contre l’agriculteur qui a tiré sur l’un de ses présumés voleurs. Dès le départ, elle alerte les jurés : « Tout ce qui peut rentrer en ligne de compte, comme l’émotion ou l’empathie, on peut le reconnaître. Mais il faut s’en affranchir ». Devant elle, tout le monde écoute attentivement son avis sur les trois jours d’audience qui ont rythmé ce procès.

Si les détails du vol de carburant dans la ferme d’Ambrières ont été longuement abordés, c’est à propos du deuxième tir de fusil de Jean-Louis Leroux que se joue le centre du procès. Ce coup de feu commis dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2020 avait touché gravement Diego H., alors entre la vie et la mort. « Les éléments techniques que j’ai à ma disposition : une trajectoire qui va de la gauche vers la droite, avec une victime de profil et une distance entre elle et le canon de 3 à 4 mètres », constatait l’expert balistique lors de son audition.

Les raisons du tir diffèrent

Ce tir, déclenché « par peur » comme l’explique l’agriculteur, a fait l’objet de nombreux débats. Toute la question a été de savoir ce que pensait Jean-Louis Leroux au moment d’appuyer sur la détente. Lorsque l’avocat de la victime, Me De la Roche, pose la question à son client, ce dernier est formel : « Il a voulu me tuer ». Une déclaration lourde de sens, que réfute l’accusé.

Pour lui, l’intention est tout autre. Après s’être placé à une entrée de sa ferme avec une arme « pour se protéger et se défendre », il décrit une « masse » s’approcher de lui dans le noir. Une barrière les sépare alors. Sur les images d’une caméra de surveillance, trois individus courent en effet en direction de l’endroit où il est censé se trouver lors des faits. Il faut attendre six secondes avant de revoir deux d’entre eux repartir dans l’autre sens.

Durant ce laps de temps, les versions diffèrent. Du côté de l’agriculteur, les trois individus auraient passé la barrière avant que deux ne fassent demi-tour. Pour les autres, seule la victime est passée sous cette barrière. C’est aussi à ce moment que Jean-Louis Leroux tire une première fois au sol avant de récidiver en direction de la victime. « Quand ils sont venus vers moi, je ne connaissais pas leurs intentions. J’avais peur et j’ai appuyé sur la détente », se défend-il.

La légitime défense en ligne de mire

Face à la cour, l’agriculteur semble ému, exprimant un mélange de peur et de colère qui a débuté juste après avoir découvert l’intrusion dans sa ferme sur les caméras de vidéosurveillance. Lorsque la question d’un tir volontaire lui est posée, il parle un moment de légitime défense, puis d’un « tir involontaire » avec la pression sur la détente déclenchée « par la peur ». Une volte-face pointée du doigt par l’avocat de la victime.

Si la légitime défense a bien été incluse dans les questions qui seront posées à la cour et motivée par l’avocat de la défense, cette notion n’a pas été retenue par l’avocate générale lors de ses réquisitions. « Jean-Louis Leroux est un honnête homme qui, cette nuit-là, a fait quelque chose de totalement inadmissible ».

Devant les jurés, réfutant l’idée d’une tentative de meurtre volontaire, elle retient que l’éleveur a commis des violences volontaires avec armes ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente. Elle réclame ainsi cinq ans de prison, dont quatre avec sursis pour « marquer la gravité des faits » et montrer « qu’on ne peut pas faire justice soi-même ». Après les plaidoiries de différentes parties, le verdict est attendu ce jeudi 24 septembre.