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Quand ces habitants de l’avenue de Laon se sont réveillés dans la nuit du 3 mars 2023, deux hommes étaient dans leur chambre. Le couple a été ligoté et malmené pendant une demi-heure. Les deux cambrioleurs viennent d’être condamnés par la cour criminelle de la Marne.
« Ils se sont réveillés comme dans un horrible cauchemar », commente Me Arthur De La Roche. Ses clients, un couple de trentenaires, n’ont pas eu la force d’affronter pendant deux jours, devant la cour criminelle de la Marne, le regard de Zeynel Zeybek et de Demba Camara. « Ils en étaient tout simplement incapables. Elle, est devenue agoraphobe et le peu qu’elle sort, elle se sent en permanence suivie, surveillée. Le soir, elle ne peut pas s’endormir tant que son compagnon n’a pas mis une armoire devant la porte de leur chambre pour la bloquer. » C’est dire si elle est encore traumatisée par ce qui lui est arrivé dans la nuit du 3 mars 2023.
Le couple est réveillé en sursaut vers 3 heures du matin. Deux hommes, encagoulés et gantés, se tiennent au-dessus d’eux. Sans ménagement, ils les font sortir du lit. Le jeune homme est installé sur une chaise, sous la menace d’une bombe lacrymogène avec laquelle il sera frappé un peu plus tard. Demba Camara le surveille, finit par lui mettre une couverture sur la tête pour éviter qu’il ne le regarde. Zeynel Zeybek fait le tour de l’appartement, demande à la jeune femme de mettre des objets dans un sac de sport qu’il a apporté, lui ordonne aussi de réinitialiser leurs deux téléphones portables. « À ce moment-là, elle est en mode automate, elle ne réfléchit pas, elle obéit car elle est terrorisée. Tous les deux ont pensé qu’ils allaient mourir cette nuit-là », poursuit l’avocat.
Quand vous appellerez les flics, vous direz que ça s’est bien passéLes cambrioleurs, avant de quitter l’appartement
La scène va durer trente interminables minutes. Le couple est ligoté et bâillonné avec du scotch. Avant de quitter leur appartement de l’avenue de Laon avec un butin estimé à quelques milliers d’euros et qu’ils avaient commencé à écouler sur des sites en ligne ou des dépôts-ventes – essentiellement des bijoux et du matériel high-tech – les cambrioleurs leur font deux recommandations : compter jusqu’à 100 avant d’essayer de se libérer de leurs entraves puis « quand vous appellerez les flics, vous direz que ça c’est bien passé ».
« Des pieds nickelés », selon leurs avocates
Les enquêteurs ne mettront pas longtemps à identifier Zeynel Zeybek et Demba Camara, 18 et 19 ans au moment des faits. De quoi faire dire à Me Agnès Mercier, avocate du second, « ce sont deux pieds nickelés. Juste après le cambriolage, ils mettent leur puce, à leur nom, dans les téléphones et commandent à manger, à leur nom encore, avec la carte bancaire qu’ils viennent de voler. Les enquêteurs seraient allés aussi vite ou presque s’ils avaient appelé le commissariat pour se dénoncer. Ils n’ont pas réfléchi, ils ont été surpris par la présence des victimes car ils pensaient que l’appartement était vide ». « Ils venaient cambrioler, se faire de l’argent facile. Ils n’avaient pas prévu de séquestrer ce couple », insiste Me Nedjma Berkane, au soutien des intérêts de Zeynel Zeybek qui comme son complice, reconnaît les faits tout en les minimisant.
L’avocat général Matthieu Dehu considère au contraire que le coup était préparé. « Sinon, pourquoi venir avec ce scotch qui a servi à ligoter les victimes et cette bombe lacrymogène ? Ils nous disent que c’était pour se défendre : je constate qu’elle a davantage servi à menacer puis à frapper. Pourquoi ne pas prendre leurs jambes à leur cou quand ils se sont rendu compte que l’appartement était occupé ? » Il s’interroge encore sur « l’amateurisme dont ils ont fait preuve après le cambriolage comparé au sang-froid du pendant ».
Une peine similaire pour les deux accusés
Une dernière fois avant que les juges ne se retirent pour délibérer, les deux accusés, en détention provisoire depuis le 10 mars 2023, prennent la parole. « C’est un très grand jour pour moi, commence Demba Camara. Je vais enfin savoir à quelle peine je suis condamné. Si les victimes avaient été là, je leur aurais dit que je suis désolé pour les actes que j’ai commis. » Zeynel Zeybek assure pour sa part, « après un an et neuf mois en détention, j’ai eu le temps de réfléchir, de prendre conscience de la gravité des actes que j’ai commis. J’aurais aimé dire aux victimes que ce n’était pas prémédité, m’excuser. Aujourd’hui, je suis une autre personne, j’ai des projets ». Il devra attendre un peu avant de les mettre en œuvre. Les deux accusés encourraient vingt années de réclusion criminelle, l’avocat général en avait requis six et sept. La cour criminelle a opté pour une peine identique pour les deux hommes : cinq ans de prison, dont un an avec sursis probatoire pendant trois ans. Ils ont dix jours pour faire appel de cette décision.
ARTHUR DE LA ROCHE / Avocat : EN SAVOIR +

